Un matin, un photographe militaire voit arriver, à l'hôpital où il travaille, quatre corps torturés. Puis d'autres, et d'autres encore. Au fil des clichés réglementaires qu'il est chargé de prendre, il observe, caché derrière son appareil photo, son pays s'abîmer dans la terreur. Peu à peu, lui qui n'a jamais remis en cause l'ordre établi se pose des questions. Mais se poser des questions, ce n'est pas prudent.
Avec une justesse troublante, ce roman raconte le cheminement saisissant d'un homme qui ose tourner le dos à son éducation et au régime qui a façonné sa vie. De sa discrétion, presque lâche, à sa colère et à son courage insensé, il dit comment il parvient à vaincre la folie qui le menace et à se dresser contre la barbarie.
MON AVIS :
Gwenaëlle Renoir parvient à mêler la dureté factuelle des scènes de guerre avec une poésie brute et saisissante. Son écriture, à la fois réaliste et poétique, nous plonge dans l'âme tourmentée du photographe, qui lutte pour trouver un sens à l'horreur qu'il capture. "Camera Obscura" est un roman puissant qui nous rappelle l'importance de témoigner, de ne pas détourner le regard face à l'indicible.
L'autrice entre dans le coeur du photographe. Elle nous délivre les dilemmes qui l'habitent. Ne pas laisser les morts disparaître, témoigner des atrocités qu'ils ont subis "ce qui n'est pas prudent", préserver sa famille. Fuir ou rester. Résister pour témoigner de l'horreur d'un régime totalitaire qui tue sa population pour asseoir son pouvoir.
L'amour d'Ania, des enfants, le soutien de ceux qui n'ont pas la voix pour s'exprimer mais qui mettent en place une résistance active, de l'ombre pour que soient mises en lumière toutes les exactions commises l'oblige à continuer ce qu'il a spontanément amené à faire des listes. Parce qu'il s'agit de listes...
Un roman à la plume juste pour donner une voix à ceux qui en ont été privés par une mort atroce, pour l'exemple, pour la justice, pour l'Histoire.
Une lecture d'une profonde humanité pour décrire l'absence de ceux, bras armés d'un dictateur, qui se sont perdus et ont laissés faire. "Ce n'est pas prudent" se dit-il, mais il ne peut détourner le regard.
"Le secret d'un homme... c'est la limite même de sa liberté. C'est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort." Jean-Paul Sartre.
Camera obscura devrait être étudier dans les écoles pour la délicatesse de l'écriture, pour l'exploration des mécanismes de la dictature, tout en étant accessible à un public de lycéens par exemple, pour leur permettre de développer une compréhension critique des enjeux humains et politiques contemporains.