lundi 21 août 2017

LE BOUC EMISSAIRE

LE BOUC EMISSAIRE    480 PAGES
DAPHNE DU MAURIER  Editions Livre de Poche


John, un historien anglais en vacances en France, rencontre au Mans par hasard son sosie parfait, Jean de Gué. Les deux hommes font connaissance : l'un est solitaire, sans famille, l'autre, épicurien désinvolte, se plaint de la sienne qui l'étouffe. Le lendemain matin, John se réveille, vêtu des affaires de Jean, qui a disparu. À la porte, le chauffeur l’attend pour le ramener au château. John prend alors la place de Jean… Comme dans Rebecca, on retrouve dans ce livre la cruauté, l’étrangeté et l'art du suspense de Daphné du Maurier.


MON AVIS
Un classique à emporter pour les vacances ? Pourquoi pas ce roman moins connu que Rebecca de Daphné du Maurier.
John et Jean de Gué, le buffet de la gare, un grand miroir, deux regards absolument identiques se croisent.
John l'anglais, plus français que nature, passionné d'histoire, vient faire le point, dans l'Abbaye de la Grande Trappe, sur sa vie. Aucunes attaches, il est un professeur de français amoureux de la France, personne ne l'attend. Jean de Gué, Bordelais, fils de famille de riche verriers rentre d'un périple parisien. Il n'a pas précisé quand il rentrerait au domaine. 
Ces deux-là vont dîner au Buffet de la Gare du Mans, comme pourraient l'avoir fait deux êtres interloqués par leur si profonde ressemblance.
Seulement voilà, Jean voit en John l'échappatoire qu'il n'attendait plus... Jean de Gué étouffe dans sa vie de châtelain, les non-dits de sa famille pleine de rancoeurs, sans véritable joie, ni amour. La verrerie familiale lui pèse, il est acculé. Il va raconter son histoire à John, lui proposer de prendre sa place comme s'il s'agissait d'une aventure et devant le peu d'empressement de l'anglais, forcer le destin en lui volant son identité, ne lui laissant aucun autre choix que celui de se mettre dans sa peau.
John a bon fond. Il va s'attacher à Marie-Noëlle, la fille de Jean, aux femmes de cette famille, à la verrerie. Il va découvrir la maîtresse du châtelain, mais aussi son profond égoïsme, sa désinvolture. Lui qui se rêvait français, va se sentir enfermer dans cette drôle de situation, la tension va monter crescendo au fur et à mesure de ses découvertes concernant la personnalité de Jean et de son environnement.  Il a l'illusion d'avoir trouvé une famille, de n'être plus seul mais les problèmes à régler et ce qu'il va mettre au jour sont si lourds... N'était-il pas mieux dans sa petite vie triste ? Comment peut-il trouver les solutions tant espérées pour sauver la verrerie, le domaine ? Existe-t-il un syndrome du sauveur chez John, endosser la vie de son double suffira-t-il a donné un sens à sa propre vie ?
Beaucoup de sujets sont abordés dans ce roman, la solitude, l'hypocrisie, le pardon, l'opportunisme y compris pendant cette période trouble de la Seconde Guerre mondiale. Le suspense et la tension qui monte jusqu'à cette fin très inattendue rendent le roman addictif. 
On veut savoir si Jean reprendrait sa place, si John saura faire prendre à sa vie un tour plus heureux... Cette histoire est un questionnement sur l'identité, le bien et le mal. Tout le monde a-t-il réellement été dupe ? J'ai beaucoup aimé ce roman, à vous de le découvrir maintenant !

mardi 15 août 2017

LE GANG DES RÊVES

LE GANG DES RÊVES de Luca Di Fulvio
Editions Pocket 942 pages

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?






MON AVIS :

Ce roman fait battre le coeur ! 

Les années 1900 vécues par une poignée de personnages à l'heure du "tout est possible" pourvu que ce soit en Amérique. La naissance de New York vécue par ceux qui ont eu la chance de quitter Ellis Island, de devenir américain même s'ils ne comprennent pas la langue. Les ghettos : Italien Lower East Side, Juif, Nègre et le mépris des uns pour les autres, jusqu'à ce que le rêve existe pour ceux qui entreprennent de le faire vivre.

Cetta a fui un destin tragique, la misère n'est pas moins pénible au soleil et malgré les précautions de sa mère, elle subira la pire des violences faites aux femmes : le viol. Elle a choisi d'offrir un avenir à son fils : il sera américain ! Natale deviendra Christmas.

Un roman dérangeant dans sa première partie avec les exactions commises par Bill, la dureté de la vie pour tous ces pauvres venus d'ailleurs puis vibrant et attachant comme le lien entre Cetta et Sal, l'Amitié avec un grand A entre Santo et Christmas, de l'Amour entre Ruth et son grand-père Saul, enfin celui de Christmas immédiat pour Ruth dès qu'il a croisé ses yeux verts tuméfiés le soir tragique ou elle a voulu tromper son ennui de petite fille riche.

Chaque personnage a une existence et cette saga ne serait pas la même s'il manquait ne serait-ce que l'un d'entre eux ! Christmas et son bagout de gamin des rues, sa débrouille et sa faconde intelligente lui feront vivre la naissance du cinéma, de la radio grâce à Karl et au magasinier noir qui lui affirmeront qu'il a un nom de nègre. Avec lui, vous croirez au "Diamond Dogs" et vous hisserez le torchon bien haut sous l'horloge perpétuelle de la CKC.

On vit la grande dépression, la discrimination, la mafia et le début des grandes industries : automobile avec Ford, le cinéma, la radio. Il suffisait d'y croire et le rêve était possible...

A lire absolument ce roman qui devrait devenir un classique et pourquoi pas une adaptation cinématographique. Tout y est pour captiver le lecteur et le laisser orphelin de tous ces personnages plus vrais que nature !