IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES - VIRGINIE GRIMALDI

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES
de Virginie GRIMALDI aux Editions FAYARD
396 pages

Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers.
Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée.
À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’amour.
Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’il a quitté le navire.
Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin.

Anna, Chloé, Lily. Trois femmes, trois générations, trois voix qui se répondent. Une merveille d’humour, d’amour et d’humanité.

Romancière à succès, Virginie Grimaldi est l’auteure de trois best-sellers, Le Premier Jour du reste de ma vie, Tu comprendras quand tu seras plus grande et Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.


MON AVIS :

Comme les trois précédents romans de Virginie Grimaldi, je ne serai pas étonnée de voir celui-ci devenir un coup de coeur pour ses lecteurs.

Virginie Grimaldi est une conteuse rare. De sujets douloureux et sérieux, sans peser, elle tire une histoire pleine d'espoir de jours meilleurs avec tendresse et humour.

Les portraits de Lily, Chloé, Anna, de la grand-mère d'Anna, de Julien et Noé ou des deux papys fugueurs, sont justes, savoureux, délicats. 

Un roman réconfortant qui allumera des étoiles dans vos yeux, vous donnera des envies d'aurores boréales. Les chemins que l'on emprunte parfois deviennent sombres, sinueux et l'on se perd. Anna décide de se recentrer sur l'essentiel, sa famille. Ne pas être raisonnable peut parfois être la solution. Anna veut voir le verre à moitié plein et tant pis si elle se trompe. Elle aura tout tenté !

Merci à l'auteure de nous embarquer dans ces tendres voyages où l'essentiel nous est démontré, où tout semble possible, même de couper le cordon et de donner son envol aux oisillons encore fragiles.


Je suis définitivement fan. Merci pour ces moments délicieux, réconfortants de lectures où l'on est transporté par les émotions. Les quelques heures passées entre Anna, Chloé et Lily ont illuminé ma journée. Comme les précédents, ce roman tient toutes ses promesses avec poésie.


SEULS LES ENFANTS SAVENT AIMER de CALI

SEULS LES ENFANTS SAVENT AIMER
de Cali Aux Editions Le Cherche Midi - 190 pages

L'enfance et ses blessures, sous la plume de Cali.
Seuls les enfants savent aimer. 


Seuls les enfants aperçoivent l'amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer. 


Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l'amour s'en va. 
Seuls les enfants meurent d'amour. 
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle. 
À chaque seconde le coeur d'un enfant explose. 
Tu me manques à crever, maman. 
Jusqu'à quand vas-tu mourir ?


MON AVIS :

Je remercie sincèrement les 68 premières fois pour la découverte d'un auteur tout en émotions.


Un roman délicat pour décrire la perte, l'absence d'une mère qui depuis la naissance de Bruno était omniprésente. Maman, bien sûr, mais aussi l'institutrice de maternelle du village. L'école et la maison ne faisaient qu'une.

Le petit Cali, jugé trop petit, à protéger, n'est pas autorisé à accompagner sa famille à la dernière demeure de sa mère. Il voit tout depuis la chambre sombre de ses parents.
"L’heure que je n’ai pas vécue. Ton enterrement. Ils m’ont dit de rester à la maison, et je me retrouve là, dans ta chambre, près du lit. Je vois leur peine. Et leurs larmes sous le soleil. Je vois cela à travers le volet mal fermé. Ça pleure, ça gémit, ça se tient par les mains. Les uns derrière les autres, à petits pas. Ils empruntent la route qui mène à la place de l’Entente-Cordiale."

Il y a de la poésie dans ce malheur incommensurable qu'est la perte d'une mère. Dans la mort lente et continue du père, qui se noie dans le chagrin, on perçoit la détresse de l'enfant. Beaucoup de larmes versées, d'incompréhension des réactions de ses proches ; de rage et de colères pas toujours rentrées. Mais, il faut vivre, grandir. Bruno sera à la fois très seul, pourtant entouré des grands-parents, oncles et tantes. 

Bruno n'a que 6 ans, lorsqu'il retourne à l'école, tout le monde le regarde bizarrement. La maîtresse est gentille avec lui, l'embrasse ce qu'elle n'a jamais fait avant. Il est spécial.

Puis arrive Alex, venu d'ailleurs. Il a des yeux superbes. Cette rencontre est l'oasis dans ce désert d'amour qu'il habite. Il va découvrir l'amitié. 

L'écriture m'a semblé parfois trop adulte pour une vision d'enfant de six ans.
Sensible, douce amer, on ne peut s'en détacher, espérant ainsi connaître mieux l'auteur aujourd'hui.


Aimer, détester ou méconnaître l'artiste ne sera en aucun cas un handicap à la lecture de ce roman. Il vous embarquera de toute façon dans une émotion universelle.


LES REVEURS d'Isabelle Carré

LES REVEURS de Isabelle CARRE
304 pages aux Editions Grasset

«  On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance…  »
  I. C.  
  
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Mon avis :


Je remercie les 68 premières fois de m'avoir permis la lecture du premier roman d'une actrice que je trouve lumineuse.


J'ai toutefois été déstabilisée par l'entrée en matière. Trente longues pages de début de roman qui m'ont semblé obscures. Pourquoi ne pas avoir nommé clairement sa mère ?


Difficile aussi de situer ce roman autobiographie, fiction ? Une mère qui dans son rêve ne s'apercevrait pas qu'on lui a arraché son enfant dans la rue. Une famille "dentelles et château" qui ne vit que dans le regard des autres. Exiler leur fille à Pantin par peur du "qu'en dira-t-on" ? La rejeter parce qu'elle a refusé de s'inscrire dans leur histoire. Parce qu'elle a choisi de garder l'enfant. 


Un père amoureux de l'élégance de sa mère. Une mère éthérée, les yeux perdus dans le vague. Une famille qui aurait pu toucher au bonheur, qui le recherche. Un récit décousu comme la famille. Une sensibilité à fleur de pages, une écriture poétique. 

Je n'ai pourtant pas réussi à apprécier pleinement ce récit de la recherche de soi des parents, de sa recherche de structure de l'auteur au milieu de cette joyeuse pagaille familiale, même si on ressent beaucoup de sincérité dans l'écriture d'Isabelle Carré.

J'ai été touchée par le dévoilement délicat des blessures, des épisodes suicidaires, puis enfin la découverte d'un socle solide semble avoir été trouvé au théâtre pour vivre pleinement. Peut-être réconciliée avec le passé pour s'ouvrir à l'avenir, construire sa famille.



LE MONDE SELON BRITT-MARIE de Fredrik Backman

LE MONDE SELON BRITT-MARIE
de Fredrik Backman Aux éditions Mazarine - 400 pages

Britt-Marie, soixante-trois ans, n’est absolument pas passive-agressive. C’est juste que la crasse et les couverts rangés n’importe comment la font hurler intérieurement.

Après quarante ans de mariage et une vie de femme au foyer, elle a besoin de trouver un emploi au plus vite. Le seul poste qu’on lui propose la conduit à Borg, un village frappé par la crise qui s’étire le long d’une route où tout est fermé, à l’exception d’une pizzeria qui empeste la bière. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’à Borg le ballon rond est roi – et s’il y a une chose que Britt-Marie déteste plus que le désordre, c’est le football.


Alors, quand les enfants du village ont si désespérément besoin d’un entraîneur que la commune est prête à confier le boulot au premier venu, peu importe qu’elle n’y connaisse rien ! Pas du genre à se laisser démonter, Britt-Marie, avec sa nouvelle casquette de coach, entreprend de faire un grand ménage à Borg, qui a, comme elle, besoin d’un renouveau et d’une seconde chance.

Le monde selon Britt-Marie est l’histoire d’une femme qui a attendu toute une vie que la sienne commence enfin. Un plaidoyer chaleureux pour tous les marginaux qui peuplent nos vies sans qu’on leur prête attention – alors que leur vision du monde peut transformer le nôtre.



MON AVIS :


Britt-Marie résout tout à grand coups de Faxin et de Bicarbonate de soude. Britt-Marie n'a pas de préjugés, elle fait la conversation à un rongeur. Britt-Marie ne juge personne. Ne vous avisez pas de l'appeler Britt, n'est-ce pas. Seule sa soeur en avait le droit.
Britt-Marie n'a pas été choyée par la vie, elle s'est rattrapée en s'occupant des autres, de Kent en particulier.

Britt-Marie a harcelé la demoiselle de Pôle Emploi. Il lui fallait absolument un emploi pas temps pour l'argent que pour avoir quelque chose à faire, ne pas périr seule dans son appartement. Elle a une obsession : ne pas déranger les voisins par l'odeur de sa décomposition, si elle devait trépasser brutalement. Ce ne serait pas correct. Un emploi donc... c'est sur sa liste.

J'ai été très intriguée par Britt-Marie, ses listes, sa façon de fonctionner, irritée parfois. L'auteur réussit son pari : donner l'envie de savoir comme cette "vieille geignarde", comme l'appelle certains, va évoluer dans un monde où il n'y a plus qu'une règle : la débrouille face à la crise.

Crise économique oblige, les commerces se sont concentrés en un seul. "Quelqu'un" s'occupe de tout et les enfants du quartier se regroupent autour d'un ballon de football et un rêve, participer à LA coupe.

Le football pour combattre la morosité d'un village traversé par une route que seuls les camions empruntent. Deux directions : celle de l'appartement de Britt-Marie et celle de Paris.

Je remercie Babelio et les Editions Mazarine pour la tendre découverte de ce roman. L'auteur nous offre un beau portrait de femme, une histoire pleine d'émotions. Découvrir à 63 ans que l'on n'a vécu que pour autrui et pourquoi.

Sauter le pas ou ne frapper à aucune porte ? comme le lui demande Vega, quel sera son choix ? Tous les personnages sont attachants de Karl à Bank, Sami, Sven ou Quelqu'un, secrets, écorchés, surtout les enfants Vega, Omar, Paddan, mais tous sont capables d'aimer Britt-Marie comme elle est. De lui apprendre qui elle est ! 


Un roman qui se lit tantôt la ride du Lion froissée, tantôt les zygomatiques en position haute et la tendresse au coeur !

Découvrir cette femme qui n'a pas travaillé en dehors de son foyer pendant plus de trente ans, qui fait des listes pour ne rien oublier, agaçante, incapable d'un comportement social "normal", s'imposer à tous comme la gardienne de la MJC et le coach de l'équipe de football local ! Comme un membre à part entière de cette drôle de communauté de Borg est un régal !




LA CHAMBRE DES MERVEILLES de Julien SANDREL

LA CHAMBRE DES MERVEILLES de Julien Sandrel 
aux Editions Calmann-Levy - 264 pages

Inattendu, bouleversant et drôle,le pari un peu fou d'une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves. Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement.

Alors il part fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.
En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.

Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…



MON AVIS :

Merci aux éditions Calmann-Levy de m'avoir permis la belle découverte de ce premier roman !

La couverture vous envoie en voyage immédiatement : Holi ou Holly ? L'histoire est piquante, chaleureuse profondément humaine, bouleversante, tendre et drôle à la fois. Le temps s'est arrêté un samedi 7 janvier à 10h32 et pourtant, que de chemin parcouru par Thelma, mère accaparée de Louis.

Les petites interventions de Louis, jeune précoce intelligent et sensible, depuis son réveil "poker face" que personne ne perçoit, après quelques jours de coma sont émouvantes et pleines d'humour. Elles ponctuent les chapitres tout au long du périple de sa Maman.

Thelma qu'on imagine sans aucun mal perchée sur des stilettos, tailleur-jupe bon chic bon genre, s'embarque, après quelques jours de prostrations et de soirées avinées, dans la réalisation des rêves de Louis. Ce sera son challenge, vivre les rêves de son fils pour lui donner l'envie de se battre, de découvrir les merveilles qu'il souhaitait accomplir.
Certaines situations sont cocasses mais ce roman à plus de profondeur qu'il n'y paraît. Les relations mère-fille, mère-fils, le choix de la mono-parentalité exclusive, l'adolescence, la recherche d'identité, l'envie d'une carrière pour donner une vie "meilleure" à son enfant au détriment d'une vraie présence, tout y est évoqué avec délicatesse.

Des invraisemblances parfois, contrebalancées par des "seconds rôles" habités, chaleureux, vivants comme Charlotte-Sophie-Davant ou Isa-Dora. Je ne serai pas étonnée que ce roman soit adapté au cinéma. L'écriture est visuelle, sensible, fluide, lumineuse.


Ce roman, c'est comme un arc-en-ciel quand il pleut, de la poésie, un mélange de Louanne et Maître Gimms. Un hymne à la vie, tout simplement.


LES DERAISONS d'ODILE D'OULTREMONT

LES DERAISONS d'ODILE D'OULTREMONT
Aux Editions de l'Observatoire - 220 pages

La vie d'Adrien et de Louise est un chaos enchanteur. Méritant et réservé, il travaille pour assurer leur quotidien. Ouvrière qualifiée de l'imaginaire, elle désaxe la réalité pour illuminer leur ordinaire.

Leur équilibre amoureux est bouleversé le jour où l'agenda stratégique de l'employeur d'Adrien coïncide avec la découverte de tumeurs dans les poumons de sa femme. Pendant que les médecins mettent en place un protocole que Louise s'amuse à triturer dans tous les sens, l'employé modèle est exilé par un plan social aux confins d'un couloir.

Sidéré, Adrien choisit pour la première fois de désobéir : il déserte son bureau pour se dévouer tout entier à Louise, qui, jour après jour, perd de l'altitude. Mais peut-on vraiment larguer les amarres et disparaître ainsi sans prévenir ? Et les frasques les plus poétiques peuvent-elles tromper la mélancolie, la maladie et finalement la mort ?



Mon Avis :

"La seule façon raisonnable de vivre en ce bas mondec'est en dehors des règles."

Louise, peintre, a décidé de mettre de la couleur dans sa vie, tous les jours. D'appeler son chien, "Le Chat", de vivre le présent pleinement. De décréter les jours en A ou en O, c'est plus rigolo. Le conformisme très peu pour elle. Louise est un Pierrot solaire qui éclaire son monde.
"Elle ne se souciait pas de la minute qui suivait, mais du moment, de l'exacte seconde où les choses se situaient. "Etre là", c'était sa came, sa défonce, son jus viscéral".

Adrien, lui est réglé comme une horloge suisse, petits parcours bien planifiés, optimisés pour aller au bureau, faire la tournée des clients. Employé-modèle, petite vie rangée. "ce bureau était sa niche. Il y entrait le matin à 9 heures, triait jusqu'à 11 heures les coups de fils à donner et vérifiait le matricule des clients qu'il irait visiter."

Ces deux là, n'étaient pas fait pour se rencontrer mais mieux, ils étaient faits l'un pour l'autre. Seulement voilà, le sort en a décidé autrement, pas eux. Sourire toujours c'est le credo de Louise, en toutes circonstances, le sourire et le rire aide la chimio a mieux agir, Adrien à ne pas sombrer.

La plume pleine de poésie, le verbe choisi aide à entrer de plain-pied dans l'univers parallèle de ce couple "déjanté". Bien sûr, les attitudes loufoques, hors normes, ne sont que prétextes à nous dire qu'on peut choisir le bonheur. Choisir son bonheur, tant pis pour les bien-pensants qui n'y comprennent rien, qui jugent. Peut-on, comme le petit juge Albert Vaxe, rationaliser une situation ubuesque et y appliquer une sanction, quand l'ultime vous a déjà été infligé ?

Un roman plein de tendresse, d'émotions, de poésie pour parler de sujets cruels comme le placement d'Adrien en position d'être inutile chez "Aquaplus", le reléguer en un lieu qu'aucun autre employé de l'entreprise n'a foulé ; du cancer de Louise qu'elle va traiter avec fantaisie comme à son habitude. Nul pouvoir pour ces deux-là, face à la situation, mais ils la vivront ensemble avec courage et inventivité.

Ce roman est une bulle d'émotions, du Champagne. Une ode aux petits bonheurs du quotidien, au choix de voir le verre à moitié plein en toutes circonstances surtout les pires... de se moquer éperdument de la norme. Avec brio et justesse, sans lasser malgré les loufoqueries, l'auteure vous embarque dans une histoire lunaire éclairée par le procès d'Adrien, auquel on ne comprend pas grand-chose au début, mais qui clarifie l'histoire au fil de la lecture. Je suis orpheline de la pétillante Louise.

De ces histoires mille fois racontées : un homme, une femme Cha bada bada... elle crée les déraisons à adopter pour tout affronter, vivre mieux la grisaille, la maladie, la désobéissance. Devenir Dorothy pour voir au-delà de l'Arc-en-ciel. Ce livre donne envie d'aimer la vie, tout simplement ! 


PETITS SECRETS GRANDS MENSONGES - Liane MORIARTY

PETITS SECRETS GRANDS MENSONGES
de Liane MORIARTY aux Editions Livre de Poche
576 pages

A la fête de l'école, quelqu'un a trouvé la mort.
Qui est responsable du drame ? Trois femmes à la croisée des chemins, des ex-maris et leurs nouvelles épouses, des familles recomposées (ou décomposées), qui cachent tous de redoutables petits mensonges, se retrouvent au coeur de l'affaire.

Après Le Secret du mari, best-seller international, Liane Moriarty nous plonge une nouvelle fois dans l'univers clos de ces quartiers résidentiels qui dissimulent derrière leurs jolies façades des secrets inavouables.
HBO s'est inspiré du livre pour créer une mini-série, Big Little Lies, diffusée sur OCS, avec Nicole Kidman et Reese Witherspoon - lectrices enthousiastes du roman ! - dans les rôles principaux. Un univers proche de celui de Desperate Housewives avec une rare finesse psychologique. Catherine Balle, Aujourd'hui en France.



MON AVIS :

Ce roman vous accroche dès les premières pages ! Totalement addictif.

Un meurtre a été commis lors de la soirée Quiz de l’école de Pirriwee. Station balnéaire, dans la banlieue Chic de Sydney, petite communauté haute en couleurs.

Qui est mort ? Vous ne le saurez qu’à la toute fin du roman.

En attendant, vous ferez la connaissance de Jane et Ziggy son fils, nouvelle venue dans la petite cité ; de  Maddy, figure locale, exubérante Maman de Chloé l’ado ; d’Ed son mari ; de Céleste, superbe Maman de deux jumeaux turbulents, mariée à Perry. Les destins croisés de ces jeunes femmes vont créer une intrigue particulièrement bien ficelée.

Le point central du roman : l’école de Pirriwee, son règlement, ses parents d’élèves bien-pensants. Que transmet-on à nos enfants, parfois sans le savoir ?

Liane Moriarty, très habilement, à la faveur d’allers-retours dans le passé jusqu’à 6 mois avant les faits,  de ragots distillés, à l’inspecteur Adrian Quinlan, durant l’enquête, nous dévoile les dessous du drame. Doucement le puzzle se met en place. Vous ressentirez toute une palette d'émotions, du rire aux larmes.

Les personnages sont attachants, complexes. Les thèmes abordés universels : la violence, la solidarité, l’amitié.

L’auteure brouille les pistes, nous raconte avec humour les pitreries de Maddy, ses cachotteries, la retenue et l’inquiétude de Céleste, toujours si élégante ; les déménagements incessants de Jane depuis cinq ans, l’âge de Ziggy.

Les secrets sont des poisons toxiques qui, lorsqu’ils sont révélés, peuvent créer des catastrophes !


Vous ne décrocherez pas de ce roman parfaitement rythmé, avant de savoir QUI a été tué et surtout pourquoi !
J’ai dévoré ce roman, me suis trompée de coupable...

A vous, maintenant !

ÉPARSE

ÉPARSE de Lisa Balavoine - 
250 pages - Aux Editions JC Lattès 

À travers une série de fragments, Lisa Balavoine – la quarantaine, divorcée et mère imparfaite de trois enfants – fait le tour de son existence comme on fait le tour du propriétaire, et signe le roman espiègle et nostalgique de toute une génération.
Convoquant la mémoire de chansons, de films, d’événements emblématiques des années 80 à aujourd’hui, entremêlant souvenirs de jeunesse et instantanés de sa vie quotidienne, elle fait de son histoire intime un récit dans lequel chacun peut se reconnaître.

Car les questions qu’elle pose (sur l’éternel recommencement de l’amour, sur les héritages et la transmission…) sont les nôtres. Car ses doutes, ses joies, ses peines fugaces ou durables, nous les connaissons.

Car les inventaires audacieux qu’elle propose (description à la Perec d’un tiroir de salle de bain, arguments pour ou contre la vie de couple, liste de ses phobies, déclarations d’amour aux acteurs qu’elle a aimés…) nous renvoient à nos propres obsessions.

Telle est la prouesse de ce livre  : à mesure que l’auteur rassemble les morceaux de son puzzle personnel et tente l’autopsie de la première moitié de sa vie, c’est le lecteur qui se redécouvre lui-même.


Mon avis

ÉPARSE, récit inclassable : premier roman de Lisa Balavoine, mon entrée en matière au coeur des "68 premières fois" que je remercie.

Le JE de Lisa Balavoine nous projette directement dans ses confidences décousues au gré de déambulations dans ses souvenirs. Cette longue suite de paragraphes sans logique apparente, peut paraître surprenante, mais l'auteure donne ainsi plus de force à ses expériences, son vécu. Rend plus vrai son récit.

Elle dresse le bilan de sa quarantaine, ne s'épargne pas, ne nous épargne rien.
Pas même ses définitions explicatives de ressentis avec ses mots alambiqués personnalisés comme : "
Électrovolographie : Représentation graphique de l'activité amoureuse du coeur, nommée électrogramme...." ou encore "Rupturlute : Rupture brutale, à s'en ôter les mots de la bouche".
Voilà qui vous positionnera les zygomatiques en position haute. 
 Un clin d'oeil à l'enfance à laquelle elle tente de s'accrocher. 


C'est la gageure de Lisa, vous embarquez totalement dans sa vie, tout en vous ramenant à la vôtre... Des inventaires, des moments intenses, des questionnements, des émotions, de l'humour... Tout y passe, de cette danseuse éperdue qui danse pour exorciser la perte de son amour, aux rencontres, amants, enfants, mari, mariage, divorce... chaque situation parle au lecteur de sa quête pour être heureuse.

Certains romans ont une petite musique qui les accompagne, Lisa nous fournit sa playlist intégrée, tellement adaptée à son écriture habile, directe, originale. Ce roman est un LTNC : Livre Touchant Non Classable. À lire pour la belle découverte d'une auteure prometteuse.

DÉLATION SUR ORDONNANCE

DÉLATION SUR ORDONNANCE de Bernard Prou
Aux Editions Anne Carrière  279 pages

Oreste et la jeune femme comprennent alors que la bibliothèque renferme des secrets. Conçue par le médecin bibliophile comme une « chasse au trésor », la découverte de documents cachés leur permettra de reconstituer fidèlement ce qui s’est réellement passé. Grégoire ne s’était probablement pas douté que ses propres enfants, Maurice, Laure, Marie et Charles, étaient d’une manière ou d’une autre liés aux personnes qu’il avait dénoncées : un instituteur ; un fonctionnaire ; un avocat ; et un journaliste, ancien amant de Mme Saint-Marly.

Parmi ces « mauvais Français », on trouve un communiste et résistant, un gaulliste, un arriviste forcené, et un Juif. Et, pour couronner le tout, trois d’entre eux sont francs-maçons. En livrant ces hommes aux autorités de Vichy, Grégoire Saint-Marly ignorait qu’il poussait son fils Charles vers le peloton d’exécution. Que Maurice, qui fréquentait les truands de la rue Lauriston, deviendrait un roi du marché noir, avant de trouver la rédemption. Et comment ne pas évoquer le destin de sa fille Laure, amoureuse d’un officier allemand, et de son autre fille, Marie, la discrète émancipée, dont les faits de résistance étaient passés inaperçus ?

À travers les destins enchevêtrés de ces personnages, Bernard Prou reconstitue une période trouble où chacun s’est déterminé à agir selon son coeur et selon sa conscience.

Mon avis :

Une fois de plus, Bernard Prou réussit son pari de nous conter une histoire dans l'Histoire. Mêlant fiction et faits historiques avec brio, il nous embarque d'une plume dont la verve est jubilatoire. 

Le roman débute par une dénonciation rédigée sur l'ordonnance du Docteur Saint-Marly, trouvée dans un livre de la bibliothèque familiale. A-t-il voulut laisser une trace ou cacher sa forfaiture... Tant de lettres de dénonciation anonymes ont été écrites à cette période, Saint-Marly a, lui, totalement assumé son acte de "bon français".

Cette histoire que nous conte l'auteur est passionnante et bouleversante. Elle nous donne à voir la vie quotidienne de cette période, les petits arrangements, les compromissions, la peur et la résistance d'un peuple face à l'occupation d'un autre. La réalité et la fiction sont habilement mêlées. Les échanges entre Saint-Marly, Ophtamologiste-Opportuniste, en cette période trouble de notre histoire, avec Louis-Ferdinand Céline son ami, sont savoureux.

Oreste va mener une enquête qui va vous captiver, vous embarquer dans la vie de ces deux "salauds magnifiques", Saint-Marly et Loiseau, au coeur de ce roman. Combien d'Alchimiste, de Marie, de Justes pour redonner une humanité à l'Histoire ?

J'ai beaucoup aimé : Charles, Marie, Maurice et Laure. La plongée dans l'époque, apprendre que le chant des oiseaux entendu au détour des rues Paloises a pu en dire plus sur l'astuce de ces drôles de citoyens… Ne parlons pas d'Oreste, modeste bibliophile, « Filouteur » (tant pis pour le barbarisme) à ses heures, mais qu'une simple ordonnance voletant dans cette magnifique bibliothèque a transformé en Sherlock !

Bernard Prou est l'alchimiste qui vous concocte des petites histoires dans la grande histoire, tantôt dans une langue digne de l'Académie, puis en s'encanaillant dans l'argot des faubourgs, impossible de ne pas vivre et vibrer avec ses personnages. 
Un auteur à suivre, un vrai coup de coeur ! 
MISS CYCLONE de Laurence PEYRIN
Editions Calmann Levy   342 pages

UNE AMITIÉ INDÉFECTIBLE
VIBRANT AU RYTHME DE NEW YORK,
LA VILLE OÙ BAT LE COEUR DU MONDE

Coney Island, là où New York se jette dans la mer, est un endroit enchanteur l’été, avec sa fête foraine légendaire, et fantomatique l’hiver quand les manèges sont à l’arrêt. C’est là qu’Angela et June, 16 ans, ont grandi ensemble. Deux jeunes filles vives et joyeuses, que rien ne destinait à s’entendre, et que rien ne peut séparer.

Mais une nuit, la nuit où toute la jeunesse new-yorkaise pleure la mort de John Lennon, leur vie prend un tour inattendu : Angela, par un mélange de fatalisme et d’innocence, accepte de son petit ami ce qu’elle ne voulait pas vraiment. Parce qu’elle n’ose pas en parler à June, son silence devient un secret… Et leur destin à toutes les deux en sera changé à jamais.

Mon avis :

Coney Island, sa fête foraine dont le point culminant est le Cyclone.
Deux jeunes femmes, amies depuis la petite enfance, sans secrets jusqu'à cet événement incroyable : l'assassinat de John Lennon. Elles ont 16 ans.

Angela, la petite italienne, vit seule avec sa mère dans un HLM. Sur le palier vit Nick, seul avec son père. Ces deux là étaient presque destinés l'un à l'autre par naissance.
June, la belle hollandaise, vit dans une banlieue aisée, sécurisée de New York. Elle ne sait pas, quel sera son avenir.

Nick ne se pose pas la question. Il reprendra le Cyclone à la suite de son père. Il fondera une famille avec Angela. En attendant, son ami Adam, étudiant en droit, à l'avenir tout tracé, l'aide un peu dans ses études.

Laurence Peyrin de son écriture percutante, vibrante, raconte comment l'inéluctable peut être pulvérisé, lors d'une rencontre dans Central Park, durant l'hommage à John Lennon. Chaque tranche de vies des quatre jeunes adolescents, porteurs des espoirs de leurs familles respectives, seront ponctuées des événements américains de 1991 : la tempête d'après l'ouragan Bob, à l'indicible 11 septembre 2001, où le monde dans son entier a été submergé par l'horreur.

L'auteure captive, pose la question de l'inné, de l'héritage dans la vie de chacun, du libre arbitre, des choix que l'on opère ou pas. Les personnages sont attachants, parfaitement construits, ballottés mais volontaires. On sort sonné de ce récit et attendrit par ces quatre là. Laurence Peyrin a conçu pour ses personnages un lien, une histoire commune, qui les mènent là où ils doivent, à l'âge adulte. L'émotion est au rendez-vous !