ÉPARSE

ÉPARSE de Lisa Balavoine - 
250 pages - Aux Editions JC Lattès 

À travers une série de fragments, Lisa Balavoine – la quarantaine, divorcée et mère imparfaite de trois enfants – fait le tour de son existence comme on fait le tour du propriétaire, et signe le roman espiègle et nostalgique de toute une génération.
Convoquant la mémoire de chansons, de films, d’événements emblématiques des années 80 à aujourd’hui, entremêlant souvenirs de jeunesse et instantanés de sa vie quotidienne, elle fait de son histoire intime un récit dans lequel chacun peut se reconnaître.

Car les questions qu’elle pose (sur l’éternel recommencement de l’amour, sur les héritages et la transmission…) sont les nôtres. Car ses doutes, ses joies, ses peines fugaces ou durables, nous les connaissons.

Car les inventaires audacieux qu’elle propose (description à la Perec d’un tiroir de salle de bain, arguments pour ou contre la vie de couple, liste de ses phobies, déclarations d’amour aux acteurs qu’elle a aimés…) nous renvoient à nos propres obsessions.

Telle est la prouesse de ce livre  : à mesure que l’auteur rassemble les morceaux de son puzzle personnel et tente l’autopsie de la première moitié de sa vie, c’est le lecteur qui se redécouvre lui-même.


Mon avis

ÉPARSE, récit inclassable : premier roman de Lisa Balavoine, mon entrée en matière au coeur des "68 premières fois" que je remercie.

Le JE de Lisa Balavoine nous projette directement dans ses confidences décousues au gré de déambulations dans ses souvenirs. Cette longue suite de paragraphes sans logique apparente, peut paraître surprenante, mais l'auteure donne ainsi plus de force à ses expériences, son vécu. Rend plus vrai son récit.

Elle dresse le bilan de sa quarantaine, ne s'épargne pas, ne nous épargne rien.
Pas même ses définitions explicatives de ressentis avec ses mots alambiqués personnalisés comme : "
Électrovolographie : Représentation graphique de l'activité amoureuse du coeur, nommée électrogramme...." ou encore "Rupturlute : Rupture brutale, à s'en ôter les mots de la bouche".
Voilà qui vous positionnera les zygomatiques en position haute. 
 Un clin d'oeil à l'enfance à laquelle elle tente de s'accrocher. 


C'est la gageure de Lisa, vous embarquez totalement dans sa vie, tout en vous ramenant à la vôtre... Des inventaires, des moments intenses, des questionnements, des émotions, de l'humour... Tout y passe, de cette danseuse éperdue qui danse pour exorciser la perte de son amour, aux rencontres, amants, enfants, mari, mariage, divorce... chaque situation parle au lecteur de sa quête pour être heureuse.

Certains romans ont une petite musique qui les accompagne, Lisa nous fournit sa playlist intégrée, tellement adaptée à son écriture habile, directe, originale. Ce roman est un LTNC : Livre Touchant Non Classable. À lire pour la belle découverte d'une auteure prometteuse.

DÉLATION SUR ORDONNANCE

DÉLATION SUR ORDONNANCE de Bernard Prou
Aux Editions Anne Carrière  279 pages

Oreste et la jeune femme comprennent alors que la bibliothèque renferme des secrets. Conçue par le médecin bibliophile comme une « chasse au trésor », la découverte de documents cachés leur permettra de reconstituer fidèlement ce qui s’est réellement passé. Grégoire ne s’était probablement pas douté que ses propres enfants, Maurice, Laure, Marie et Charles, étaient d’une manière ou d’une autre liés aux personnes qu’il avait dénoncées : un instituteur ; un fonctionnaire ; un avocat ; et un journaliste, ancien amant de Mme Saint-Marly.

Parmi ces « mauvais Français », on trouve un communiste et résistant, un gaulliste, un arriviste forcené, et un Juif. Et, pour couronner le tout, trois d’entre eux sont francs-maçons. En livrant ces hommes aux autorités de Vichy, Grégoire Saint-Marly ignorait qu’il poussait son fils Charles vers le peloton d’exécution. Que Maurice, qui fréquentait les truands de la rue Lauriston, deviendrait un roi du marché noir, avant de trouver la rédemption. Et comment ne pas évoquer le destin de sa fille Laure, amoureuse d’un officier allemand, et de son autre fille, Marie, la discrète émancipée, dont les faits de résistance étaient passés inaperçus ?

À travers les destins enchevêtrés de ces personnages, Bernard Prou reconstitue une période trouble où chacun s’est déterminé à agir selon son coeur et selon sa conscience.

Mon avis :

Une fois de plus, Bernard Prou réussit son pari de nous conter une histoire dans l'Histoire. Mêlant fiction et faits historiques avec brio, il nous embarque d'une plume dont la verve est jubilatoire. 

Le roman débute par une dénonciation rédigée sur l'ordonnance du Docteur Saint-Marly, trouvée dans un livre de la bibliothèque familiale. A-t-il voulut laisser une trace ou cacher sa forfaiture... Tant de lettres de dénonciation anonymes ont été écrites à cette période, Saint-Marly a, lui, totalement assumé son acte de "bon français".

Cette histoire que nous conte l'auteur est passionnante et bouleversante. Elle nous donne à voir la vie quotidienne de cette période, les petits arrangements, les compromissions, la peur et la résistance d'un peuple face à l'occupation d'un autre. La réalité et la fiction sont habilement mêlées. Les échanges entre Saint-Marly, Ophtamologiste-Opportuniste, en cette période trouble de notre histoire, avec Louis-Ferdinand Céline son ami, sont savoureux.

Oreste va mener une enquête qui va vous captiver, vous embarquer dans la vie de ces deux "salauds magnifiques", Saint-Marly et Loiseau, au coeur de ce roman. Combien d'Alchimiste, de Marie, de Justes pour redonner une humanité à l'Histoire ?

J'ai beaucoup aimé : Charles, Marie, Maurice et Laure. La plongée dans l'époque, apprendre que le chant des oiseaux entendu au détour des rues Paloises a pu en dire plus sur l'astuce de ces drôles de citoyens… Ne parlons pas d'Oreste, modeste bibliophile, « Filouteur » (tant pis pour le barbarisme) à ses heures, mais qu'une simple ordonnance voletant dans cette magnifique bibliothèque a transformé en Sherlock !

Bernard Prou est l'alchimiste qui vous concocte des petites histoires dans la grande histoire, tantôt dans une langue digne de l'Académie, puis en s'encanaillant dans l'argot des faubourgs, impossible de ne pas vivre et vibrer avec ses personnages. 
Un auteur à suivre, un vrai coup de coeur !